Supports musicaux, le meilleur l’ennemi de bien ?

Voilà quelques années que le monde de la musique change. Je ne veux pas parler des styles mais des modes de consommation.

D’une consommation monolithique de vinyles puis de CDs avec un bond en qualité évident et perceptible par tout le monde, nous sommes passés à une consommation déstructurée de supports physiques ou dématérialisés voire à une non-consommation avec les diverses possibilités de copie numérique. Or, les professionnels de l’industrie de la musique (musique et appareils de diffusion) ont lancé quelques tentatives pour refaire le coup du CD en proposant de nouveaux supports physiques, bien sur incompatibles. Les lancements laborieux du format SACD (Super Audio CD) puis du DVD Audio nous proposant des bonds théoriques en qualité n’ont manifestement pas touché le public. En effet, qui dispose d’une installation capable de mettre la nouvelle qualité en évidence et quelles sont les productions exploitant vraiment ces nouvelles qualités ? Or voici que la tentative est relancée avec le Blu-ray avec un succès pour le moment plutôt mitigé.

Cette guerre de formats a bien sur des implications commerciales mais répond-elle vraiment à une attente du public ? Et si poser la question était déjà y répondre… En pratique, on se rend compte que le meilleur est ici l’ennemi du bien s’il ne répond pas à une perception claire d’une valeur ajoutée.

Forte de ces enseignements, l’industrie du film semble vouloir tirer une nouvelle salve en lançant cette année le Blu-ray 3D, malheureusement une fois de plus non compatible avec les Blu-ray précédents. Le succès est à surveiller de près car la dépense est à nouveau non négligeable. Certains fabricants semblent aussi vouloir tenir un peu plus compte des desiderata des clients en supportant de nombreux formats (on saluera ici le geste de Sony qui prévoit d’introduire des lecteurs supportant les formats Blu-ray, DVD mais aussi SACD et CD, une compatibilité longtemps absente du catalogue Sony), mais n’est-il pas tout simplement trop tard ?

Cette course en avant répond-elle vraiment aux besoins d’un grand nombre de clients et saura t-elle maintenir une demande suffisamment forte ? Il semble difficile de lutter devant le confort et la simplicité des supports dématérialisés. Sans mentionner ici les effets de la crise, la messe serait-elle dite ?

Lire :

Gartner prédit la fin du CD en 2009

Dans une communication du mois de décembre, le cabinet Gartner conseille aux maisons de disques de sortir du marché du CD. En effet, poursuivre dans cette direction les empêcherait de se concentrer sur les nouveaux modes de consommation de la musique, à savoir, la musique numérisée.

En effet, à persister à concentrer leurs coûteux efforts sur les marchés traditionnels, l’industrie du disque n’a réussi ni à endiguer le piratage ni à recréer de nouveaux modèles économiques. De plus, en raison des investissements requis, l’industrie est devenue frileuse à lancer de nouveaux artistes. Le mouvement est pourtant engagé, le support physique représentait 77 % du chiffre d’affaires des majors en 2007 contre 95 % en 2005 et les points de vente réduisent la surface consacrée au CD. Mais la distribution numérisée de la musique offre un champ des possibles immense, que ce soit en méthodes de financement, en méthodes marketing qu’en méthodes de distribution. Je ne saurais que conseiller de se référer au livre The Future of Music pourtant paru en 2005.

Doit-on y voir une traduction de cette vision du marché de la musique ? Après les initiatives de la SNCF et Air France/KLM qui ont lancé leurs réseaux sociaux à l’hiver dernier, voici que Warner se lance dans l’aventure (Lire Warner Music adding social networking to websites (en)). Les réseaux sociaux deviendraient-ils la solution à tous les maux ?  Warner Music s’appuie sur la plateforme logicielle Eos proposée par Cisco pour lancer ce nouveau service.